Southwind_E01 – 22. 11. 2020

Notre expérience précédente, Hogshead 733, avait été douloureuse. Nous avions confié le travail de restauration de notre bateau, Soutien de Famille, à un charpentier qui s'est avéré ne pas être la personne qu'il nous fallait, pour rester poli.

Cette fois-ci, nous avions décidé de faire nous-mêmes l'aménagement et les quelques travaux nécessaires à la bonne marche de notre projet. Au-delà du chalenge logistique d'organiser un chantier aux États-Unis depuis l'Europe le véritable enjeu était d'anticiper correctement les difficultés techniques que nous allions rencontrer.

À chaque voyage, je transportais plus d'outils, que je laissais ensuite sur place, des mètres en systèmes métriques pour pouvoir faire la conversion avec les unités impériales américaines.

Chaque jour était présupposé, chaque tâche anticipée.

Pour les travaux que nous ne pouvions pas faire nous-mêmes sur la machinerie à vapeur, j'ai voulu embaucher des Amish, dont la communauté est largement représentée dans ce coin du Michigan et dont le savoir-faire « traditionnel » n'est pas à démontrer.

Mais rapidement, après une rapide enquête sur place, les seuls Amish que nous avons rencontrés avaient des oreillettes Bluetooth pour discuter business avec des clients potentiels.

Première désillusion sur l'image d'une communauté américaine.

C'est donc un plombier tout à fait ordinaire et son fils qui sont venus exprès de Chicago pour terminer les branchements et vérifier la machine à vapeur.

À Three Rivers, nous avons eu quelques bonnes surprises notamment au Pub 60 Grille à quelques centaines de mètres de notre chantier où nous nous rendions chaque soir. Nous retrouvions les mêmes têtes accoudées au comptoir en formica. Dans ce bar décrépit composé de deux préfabriqués beaucoup hommes et quelques femmes faisaient comme nous, « arrêtaient » leur journée à coup de grandes gorgées de bière.

Depuis un moment, les habitués nous connaissaient, deux Européens, en bleus de travail, venant à chaque saison dans ce coin paumé de l'Amérique pour travailler sur un bateau à vapeur.

Ce projet intriguait les clients du Pub. Beaucoup de questions sur le pourquoi, sur le comment. Le Mississippi attire les fantasmes, beaucoup ont une histoire à raconter, un oncle qui a pêché un catfish de la taille d'un homme, un cousin noyé, etc.

Au fil des visites, certains visages, Kyle ou Dwayne, venaient aux nouvelles, nous sentions qu'ils voulaient nous aider. Lorsque nous cherchions quelque chose en particulier, nous le demandions aux clients du bar. C'est ainsi que nous nous sommes arrêtés sur un terrain où bateaux, dépanneuses et pick-up, partageaient ce terrain vague. XXX le propriétaire nous vendait, au coup par coup, une fenêtre de caravane, un bout de tôle, une échelle. À force de dépouiller toujours le même vieux camping-car, un Chevrolet Southwind, nous avons décidé de baptiser notre bateau ainsi que notre projet à son nom. Le vent du sud apporte toujours le mauvais temps.

Nous y sommes allés plusieurs fois avant qu'il ne nous ouvre vraiment son atelier. Caverne d'Ali Baba petrol head, un amoncellement d'outils tous aussi précis que singuliers, le tout organisé autour d'un pont de levage où XXX construisait pièce par pièce un dragster autour d'un moteur d'avion.

Tout est possible en Amérique. Nous regrettons de ne pas avoir rencontré cet homme plus tôt pour lui consacrer un peu plus de temps, comprendre son histoire et sa passion.

XXX connaissait parfaitement sa région et sa passion mécanique lui avait permis de dégoter à moindres frais LA pièce introuvable ... Grâce à ses bons conseils, nous avons acheté une bonne partie de l'équipement dont nous allions avoir besoin plus tard et nous avons surtout rencontré Mark Bidelman, installé sur Bidelman Road à côté de Pleasant Lake. Il fabriquait des bâches de protections pour les bateaux de loisir du coin avec son ex-femme et une autre employée. Sans hésiter une seule seconde, il nous a proposé de nous confectionner gratuitement des bâches et des matelas pour nos bannettes, un regain de confort considérable pour notre embarcation spartiate.

Maxime Berthou